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Au cœur du temple de la société de consommation, l’ironie m’a broyé les entrailles. Dernier jour des soldes (lire aussi : “dernière occasion d’acheter sinon vous n’êtes rien du tout”), grande braderie (c’est-à-dire que si tu ressors de là les mains vides, tu as vraiment raté ta journée). C’est l’affolement : humains-fourmis qui traversent religieusement la rue, comptent leurs billets. L’heure où jamais de s’accomplir en tant qu’humain : collectionner l’avoir.
Bref, au milieu de cette énergie gaspillée, le regard d’un homme que tout le monde ignore. Et c’est encore plus indécent de l’ignorer aujourd’hui. Par terre, calmement (“Pour manger”, dit son carton), son chien tendrement endormi à côté de lui. Il n’existe pas : aujourd’hui, seul le riche le mérite, le pauvre — mais quelle idée de l’être — ne peut être pris en considération. Il faut se dépêcher, il faut aller acheter.
Deux bouteilles d’eau vides entre son chien et lui : heureusement que ce n’est pas la canicule, les températures lui permettront de ne pas se dessécher complètement en attendant la prochaine pause dans la mendicité, se remplir d’eau. Tous passent devant lui d’un pas rapide, s’arrêtent parfois — mais c’est une question de trafic plus que d’humanité. D’ailleurs l’humanité.
Et puis merde, lâcher quelques centimes (cette culpabilité judéo-chrétienne qui poursuit partout). Plus tard, croiser un autre : il n’y a plus de pièces (ce sera tellement mieux quand je travaillerai pour de vrai, me dis-je, déculpabilisation nécessaire), saluer mais regard détourné. Comportement méprisable.
Retrouver ses amis. Première annonce : Amy Whinehouse est morte. Ah, très bien. Voilà qui a changé le monde. Plus que cet homme abandonné (a-t-il vraiment existé ?), plus que toutes ces personnes ignorées. Je ne sais pas comment on peut être humaniste et lire les journaux sans vomir.
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