Comments
Disqus
Jui 5, 2011

3 notes

pays natal / retour / exil

Pays natal : où naît-on ? Doit-on connaître son plus ancien ancêtre pour savoir l’endroit qui nous a vu naître ? — Comment savoir. Encore une fois : tout ce que les papiers disent, tout ce qu’ils nient, surtout. Hier encore : “Qui est né dans l’Hexagone ici ?” — La seule à lever la main, et pourtant je ne me sens pas davantage d’ici que le reste de la tablée. Juste cette joie que mes aïeux ont sans doute à nous contempler, cette paix : vingt-trois années de stabilité géographique. Je n’ai connu aucune guerre et aucun déplacement forcé. J’ai la chance qu’ils voulaient m’offrir en partant, en quittant notre pays natal.

Retour : ils ne sont jamais retournés dans le pays natal — y retournerais-je moi-même, je n’en sais rien. J’aimerais, parfois je suis tentée : mais. S’ils en sont partis, faut-il fermer la boucle ou simplement continuer comme ils l’avaient voulu ? Quelle responsabilité a-t-on, jeune génération, à rester ou partir de ces terres paisibles que nos ancêtres ont choisies ? Ici la faim ne me tenaille pas, jamais.

Je suis passé en si peu de temps
de végétarien forcé à carnivore obligé.
L’Énigme du retour, Dany Laferrière, Grasset, 2009 (p. 42)

Mon père aurait pu dire. Se rappelant de cette tante qui n’offrait pas toujours du sucre avec le café : ça dépendait, en a-t-on assez — il fallait compter avant. Le riz à partager entre la fratrie. Nous guider vers cette société d’abondance dont on n’a même plus conscience. Et cette ingratitude intergénérationnelle : cet exil, qu’on n’a pas demandé, qu’on vit également, on voudrait le supprimer, l’abolir, retourner… Se dit-on sur place, mais on ne bougera pas d’ici.

Exil : photos. Pays qu’on ne connaît pas — décidément. Exil : petits-enfants, arrières-petits-enfants, on y est toujours, dans un pays qui nous accueille et nous berce… mais que nous ne reconnaissons pas comme premièrement nôtre. Du Liban, j’ai ces ouvrages dans ma bibliothèque, et ces cousins par mail, parfois, quand ça arrive. Je leur demande : “Comment va le Liban ?”. Invariablement, la même réponse : “Très bien”. Ce n’est pas la géographie qui définit… Et pourtant, le billet retour, si souvent pré-réservé et jamais commandé.

Il y a des lectures bouleversantes, qui font écho avec tant de justesse à des poids intérieurs.


Dany Laferrière - “L’énigme du retour” (Prix… par hachette-livre

Les commentaires de ce blog sont propulsés par Disqus

  1. theoneshotmi a reblogué ce billet depuis stephelakh
  2. stephelakh a publié ce billet
À propos
Souscrire au flux RSS.